TROISIEME PARTIE CHAPITRE X La scène du baiser (p 184-185)
Cela doit être possible. Mais ce n'est pas aux difficultés et aux dangers que je songe en ce moment. Je ne puis me défendre contre la vague de mélancolie qui m'a assailli tout à l'heure, à la pensée de quitter la planète Soror, Zira et mes frères, oui, mes frères humains. Vis-à-vis de ceux-ci, je me fais un peu l'effet d'un déserteur. Pourtant, il faut avant tout sauver mon fils et
Nova. Mais je reviendrai. Oui, plus tard, j'en fais le serment en évoquant les prisonniers des cages, je reviendrai avec d'autres atouts.
Je suis si éperdu que j'ai parlé tout haut.
Cornélius sourit.
« Dans quatre ou cinq ans de votre temps à vous, voyageur, mais dans plus de mille années pour nous autres sédentaires. N'oubliez pas que nous avons aussi découvert la relativité. D'ici là... j'ai discuté du risque avec mes amis chimpanzés et nous avons décidé de le prendre. »
Nous nous séparons, après avoir pris rendez-vous pour le lendemain. Zira sort la première.
Resté un instant seul avec lui, j'en profite pour le remercier avec effusion. Je me demande intérieurement pourquoi il fait tout cela pour moi. Il lit dans ma pensée.
« Remerciez Zira, dit-il. C'est à elle que vous devez la vie. Seul, je ne sais pas si j'aurais pris tant de peine et couru tant de risques. Mais elle ne me pardonnerait jamais d'être complice d'un meurtre... et, d'autre part... »
II hésite. Zira m'attend dans le couloir. Il s'assure qu'elle ne peut entendre et ajoute très vite, à voix basse :
« D'autre part, pour elle comme pour moi, il est préférable que vous disparaissiez de cette planète. »
II a repoussé la porte. Je suis resté seul avec Zira et nous faisons quelques pas dans le couloir.
« Zira ! »
Je me suis arrêté et l'ai prise dans mes bras. Elle est aussi bouleversée que moi. Je vois une larme couler sur son mufle, tandis que nous sommes étroitement enlacés. Ah ! Qu’importe cette horrible enveloppe matérielle ! C'est son âme qui communie avec la mienne. Je ferme les yeux pour ne pas voir ce faciès grotesque que l'émotion enlaidit encore. Je sens son corps difforme trembler contre le mien. Je me force à appuyer ma joue contre sa joue. Nous allons nous embrasser comme deux amants, quand elle a un sursaut instinctif et me repousse avec violence.
Alors que je reste interdit, ne sachant quelle contenance prendre, elle enfouit son museau dans ses longues pattes velues, et cette hideuse guenon me déclare avec désespoir, en éclatant en sanglots.
« Mon chéri, c'est impossible. C'est dommage, mais je ne peux pas, je ne peux pas. Tu es vraiment trop affreux !»
La planète des singes
Pierre Boule
Questions
Quelles sont les relations entre le héros et Zira ?
Dans quel lieu se trouvent –ils ? Sont-ils seuls ?
Ulysse/Taylor est-il un rival possible pour Cornélius ?
Quel personnage repousse l’autre ?
Pourquoi ? Quelle est la signification de ce baiser ?
D’aprèsAlberte Vandel, formatrice DAAC .www.ac-poitiers.fr |