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La boite à merveilles. Commentaire, proposé par Mr Hamid Adnane .

COMMENTAIRE :

La boite à merveilles:
Un objet de compensation

    Dans ce roman, le narrateur puise dans sa mémoire forte les ingrédients indispensables  pour revivre les souvenirs passés et évoquer certains événements qui ont marqué son enfance.
Il ressuscite le passé pour le revivre, le revoir, le questionner, l’examiner… Il  évoque certains faits qui ont participé à sa formation et à son initiation. Certaines figures et certains rites ont suscité son indignation (les comportements de la mère, l’école coranique, l’absence du père…), d’autres ont éveillé sa curiosité (la visite du saint, les rites de la voyante, la mort et son rituel…).
La boite à merveilles est un récit rétrospectif qui débute par un déséquilibre psychologique 
et existentiel du héros. Le narrateur, de son regard d’adulte, tente, en remontant aux jours écoulés, de mettre le doigt sur les sources de cette solitude qui l’écrase « je songe à ma solitude et j’en sens tout le poids. Ma solitude ne date pas d’hier » (incipit du roman).
En effet, dès sa première enfance, et précisément à l’âge de six ans, l’enfant  n’arrive pas à établir un pont de communication avec l’entourage immédiat (la famille) et le milieu social où il progresse (l’école, le voisinage, la rue). Cette situation de manque et de conflit déconcerte l’enfant et le pousse à trouver dans un autre univers les sources de compensation et d’intégrité  intérieure. Il guette un moineau mais «  le moineau ne vient  jamais ». Il veut en faire son compagnon, uniquement son compagnon ! Cet échec aggrave la situation de l’enfant et le voue à la quête d’un refuge. C’est la boîte à merveilles qui offre alors à l’enfant la matière propre à son alchimie ésotérique et son penchant pour le rêve.   
Comme l’incipit (le début du roman), l’excipit (la fin du roman)  accentue le poids de la solitude et indique que « la boite à merveilles »  est en même temps le point de départ et le point d’arrivée : elle est un refuge et une source d’élévation (évasion) et d’épanouissement. 

 

La boite à merveilles:
l'acquisition de l’art de raconter

   Notre culture et notre imaginaire ne peuvent certainement  échapper à l’influence d’une tradition orale onéreuse qui sert de voie pour véhiculer des traditions, des coutumes, des rites, des croyances.
Originaire d’une famille modeste, le narrateur décrit en détail son milieu, dans les moments de joie (fêtes d’achoura…) et  dans les instants de tristesse et de  deuil (mort, disparition...). Cette curiosité, cette sensibilité, ce désir de « comprendre et non d’imiter » ornent le parcours d’apprentissage de l’enfant.
En effet, certaines figures  ont marqué l’univers de l’enfant (la mère, l’épicier, le père). Ces  trois instances possèdent l’art de raconter. Sa mère a la qualité de raconter et de décrire la réalité en détail tout en théâtralisant les situations (gestes ; mimiques). Nous pouvons évoquer  les contes des mille et une nuits de Shéhérazade. Celle-ci  avait  tous les atouts pour charmer le roi. La mère du narrateur a aussi « la  beauté et l’art de raconter ». Elle est capable de retenir l’attention du public par la manière. Elle crée des situations de suspense pour ne pas ennuyer l’auditeur. Cependant l’enfant, qui apprécie cette qualité, lui oppose ce défautde la narratrice qui consiste à exagérer dans la représentation des faits et l’imitation des personnages. « Le lendemain du bain, ma mère ne manquait pas de raconter la séance à toute la maison, avec des commentaires détaillésoù abondaient les traits pittoresques et les anecdotes. Elle mimait les gestes de telle chérifa comme dans le quartier… »Page 13.
Par ailleurs, une autre figure  a influencé l’enfant. Il s’agit de l’épicier Abdallah. Celui-ci fascinait le petit Sidi Mohammed par ses récits exotiques et pittoresques. Ce conteur énigmatique  a la passion de raconter  et le don de charmer son auditeur : « Les uns l’aiment, les autres le détestent sans le lui dire, mais tous l’écoutent subjugués ».
(Page 73).Abdallah  ne se préoccupe pas de l’accueil et du sort réservés  à ces histoires diaprées par la poésie, le mystère, la féerie, l’exotisme. Abdallah, « l’ami de Dieu » selon les paroles de Lahbib, n’accorde pas de l’importance aux jugements des autres. Ce qui l’intéresse c’est de dire quelques secrets et de confier des paroles au temps et à la mémoire. L’hétérogénéité du public et de ses goûts n’est  pas un obstacle devant son désir de narrer.
« Les histoires d’Abdallah subissent le sort de toutes les histoires que se transmet l’humanité à travers les âges. Ceux-ci en rient, ceux-là en pleurent, ceux-ci sont sensibles à leur forme extérieure, ceux-là savent en interpréter les signes » (Page 74).
L’univers de l’épicier a donc meublé l’horizon intérieur de Sidi Mohammed et son imaginaire. L’enfant admire ces qualités d’indifférence et d’habileté qui nourrissent la passion permanente de Abdallah et qui contribuent à sa célébrité. 
Si nous comparons ces deux figures, Abdallah et la mère de Sidi Mohamed, nous constatons qu’il y a des divergences entre eux au niveau de la mise en récit. La mère trouve  du plaisir à représenter des scènes quotidiennes d’une façon exagérée et ironique et accorde de l’importance à son public ; mais Abdallah choisit sa matière surtout dans des récits épiques, merveilleux ; et ne semble pas aliéné par l’univers de réception des auditeurs. 
L’auteur a certainement vécu son enfance dans un milieu où l’univers culturel et symbolique est influencé par la culture transmise par le biais de la tradition orale. Sa mémoire infaillible contient les traces de certains personnages  ayant l’art de  raconter et le don de subjuguer l’auditeur malgré la diversité de leurs points de vus : la mère, l’épicier, le père. 

Hamid Adnane Enseignant – Lycée Ibn Alhajjaj Sidi Rahal