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Victor Hugo

 


Tronc commun   |  Première année |  Deuxième année


 

Le dernier jour d’un condamné à mort :
Variations sur l’axe temporel

     La sentence finale livre le condamné à mort à un conflit intérieur et à des souffrances qui vont bouleverser sa vie présente et passée. Ce jugement catégorique va aussi mettre en péril l’équilibre personnel, familial et social de cet homme. Homme bien éduqué, le condamné éprouve un grand malheur devant l’injustice de ce verdict et devant cette société qui le condamnent sans merci et injustement. La grande sensibilité de ce condamné le pousse –à travers le monologue- à analyser sa situation et ses émotions après l’annonce de la sentence. Il remonte alors le temps pour vivre et échapper au présent sur lequel il n’a plus de pouvoir, « j’ai tâcher d’oublier, d’oublier le présent dans le passé » (chapitre 33). Il se livre à ce monologue qui traduit ce désarroi intérieur dû au manque de l’autre et à cette suffocante réalité de la prison et de l’avenir. Cet avenir qui n’est plus et qui refuse d’avoir une forme même dans le rêve et les rayons de l’espoir qui s’éteignent si vite.
Ce retour en arrière (flash back), ce chevauchement (va-et-vient) entre le présent et le passé est très symbolique. C’est un choix narratif qui tente de montrer l’influence de la peine de mort sur la conception du temps et l’existence de cet homme. C’est une stratégie à double sens : fuite vers le passé de bonheur, d’équilibre, d’amour et miroir de la perturbation existentielle qui prive le condamné de sa vie normale. Puisqu’il est incapable de vivre le présent et de faire un projet  dans l’avenir, le condamné se cantonne dans le passé où il  retrouve quelques lueurs de joie et d’amour. Le passé est le seul trésor qui lui demeure et qui donne un sens à sa vie.  Malheureusement c’est un trésor que les mains de l’homme vont détériorer.  «… j’ai une maladie, une maladie mortelle, une maladie faite de la main des hommes » (chapitre 15). 
Le condamné pense beaucoup au temps. Ou peut-être est-il victime du temps. Une chose est sûre : il est dans un cachot et il attend le jour de son exécution. Cette attente le condamne à ne pas se résigner au cours normal du temps car il n’est plus maître de soi comme il l’était auparavant. « je pouvais penser à ce que je voulais, j’étais libre » (l’incipit).
Par ailleurs, la solitude du condamné, les conditions du cachot, l’absence réelle de l’autre sont un obstacle devant son épanouissement individuel, affectif et social. Cette situation oblige le jeune homme à se relier sur soi et à puiser dans son horizon perdu quelques moments de bonheur.
La sentence finale a donc semé le désordre dans la vie de cet homme qui aspire vainement à une grâce. Elle a secoué violemment son monde intérieur, sa psychologie, son existence, son passé, son présent et son avenir. Ce jugement a bel et bien détruit cette linéarité du temps que l’homme perçoit et exploite pour donner un sens à son existence. Sous l’effet du choc, le condamné perd tout contrôle sur le temps. Il essaie de l’organiser suivant sa psychologie, son présent insensé et aspirations. Il substitue au temps biologique un autre, le temps psychologique. Il éprouve ainsi une angoisse à  parler de sa vie. « j’avais le paradis dans le cœur. C’est une soirée que je me rappellerai toute ma vie. Toute ma vie ! » (chapitre33). Cette attitude est la conséquence effective d’un jugement qui met fin à une vie, toute une vie dans un moment précis et à une heure précise. Cette tentative de faire retourner les aiguilles du temps au sens contraire montre combien la souffrance du condamné est immense face à la guillotine. «  quand j’ai rêvé une minute à ce qu’il y a de passé dans ma vie et que je reviens au coup de hache qui doit la terminer tout à l’heure, je frissonne comme dans une chose nouvelle. » (chapitre 34).
L’évocation du passé ne fait qu’augmenter la souffrance du condamné. C’est une période de bonheur, d’amour et d’aventure. La peine de mort a détruit tout ce bonheur et a privé le condamné de la fierté d’être père et de l’allégresse affective à entendre ce mot de « papa » que sa fille Marie refuse d’émettre lors de sa visite. 
«  et je suis retombé sur ma chaise, sombre, désert, désespéré. A présent ils devraient venir ; je ne tiens plus à rien ; la dernière fibre de mon cœur est brisée. Je suis bon pour ce qu’ils vont faire »  (chapitre43).  
  

Hamid Adnane
Lycée Sid Rahal EL Kelaa