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Extrait :

Quand je revins à moi, il était nuit. J'étais couché dans un grabat ; une lanterne qui vacillait au plafond me fit voir d'autres grabats alignés des deux côtés du mien. Je compris qu'on m'avait transporté à l'infirmerie. Je restai quelques instants éveillé, mais sans pensée et sans souvenir, tout entier au bonheur d'être dans un lit. Certes, en d'autres temps, ce lit d'hôpital et de prison m'eût fait reculer de dégoût et de pitié ; mais je n'étais plus le même homme. Les draps étaient gris et rudes au toucher la couverture maigre et trouée ; on sentait la paillasse à travers le matelas; qu'importe ! mes membres pouvaient se déroidir à l'aise entre ces draps grossiers sous cette couverture, si mince qu'elle fût, je sentais se dissiper peu à peu cet horrible froid de la moelle des os dont j'avais pris l'habitude.
- Je me rendormis.
Un grand bruit me réveilla ; il faisait petit jour. Ce bruit venait du dehors, mon lit était à côté de la fenêtre, je me levai sur mon séant pour voir ce que c'était. La fenêtre donnait sur la grande cour de Bicêtre.
Cette cour était pleine de monde; deux haies de vétérans avaient peine à maintenir libre, au milieu de cette foule, un étroit chemin qui traversait la cour. Entre ce double rang de soldats cheminaient lentement, cahotées à chaque pavé, cinq longues charrettes chargées d'hommes ; c'étaient les forçats qui partaient.
Ces charrettes étaient découvertes. Chaque cordon en occupait une. Les forçats étaient assis de côté sur chacun des bords, adossés les uns aux autres, séparés par la chaîne commune, qui se développait dans la longueur du chariot, et sur l'extrémité de laquelle un argousin debout, fusil chargé, tenait le pied. On entendait bruire leurs fers, et, à chaque secousse de la voiture, on voyait sauter leurs têtes et ballotter leurs jambes pendantes.
Une pluie fine et pénétrante glaçait l'air, et collait sur leurs genoux leurs pantalons de toile, de gris devenus noirs. Leurs longues barbes, leurs cheveux courts, ruisselaient ; leurs visages étaient  violets ;  on  les  voyait grelotter, et leurs dents grinçaient de rage et de froid. Du reste, pas de mouvements possibles. (....)
Il s'était établi entre la foule et les charrettes je ne sais quel horrible dialogue : injures d'un côté, bravades de l'autre, imprécations des deux parts ; mais à un signe du capitaine, je vis les coups de bâton pleuvoir au hasard dans les charrettes, sur les épaules ou sur les têtes, et tout rentra dans cette espèce de calme extérieur qu'on appelle l'ordre. Mais les yeux étaient pleins de vengeance, et les poings des misérables se crispaient sur leurs genoux.
Les cinq charrettes, escortées de gendarmes à cheval et d'argousins à pied, disparurent successivement sous la haute porte cintrée de Bicêtre; une sixième les suivit, dans laquelle ballottaient pêle-mêle les chaudières, les gamelles de cuivre et les chaînes de rechange. Quelques gardes-chiourme qui s'étaient attardés à la cantine sortirent en courant pour rejoindre leur escouade. La foule s'écoula. Tout ce spectacle s'évanouit comme une fantasmagorie.
On entendit s'affaiblir par degrés dans l'air le bruit lourd des roues et des pieds des chevaux sur la route pavée de Fontainebleau, le claquement des fouets, le cliquetis des chaînes, et les hurlements du peuple qui souhaitait malheur au voyage des galériens.
Et c'est là pour eux le commencement !
Que me disait-il donc, l'avocat ? Les galères ! Ah ! Oui, plutôt mille fois la mort ! Plutôt l'échafaud que le bagne, plutôt le néant que l'enfer ; plutôt livrer mon cou au couteau de Guillotin qu'au carcan de la chiourme ! Les galères, juste ciel !

Victor HUGO, Le Dernier Jour d’un condamné, chapitre XIV (1829)

Compréhension   

  1. Présenter l’auteur, l’œuvre et le genre littéraire.
  2. Pour situer l’extrait, répondez aux questions suivantes :Quel événement vient de vivre le condamné ?Pourquoi l’avait-on transporté à l'infirmerie ?
  3. Pourquoi le narrateur dit qu’il n'était plus le même homme ?
  4. Quelle est l’explication du grand bruit qui a réveillé le narrateur ?
  5. « Que me disait-il donc, l'avocat ? »
    a. D’après votre lecture de l’œuvre, quelle situation le narrateur nous rappelle cette phrase?
  6. Identifiez les figures suivantes et justifiez leur utilisation
    a. « Oui, plutôt mille fois la mort ! » 
    b. « Plutôt l'échafaud que le bagne, plutôt le néant que l'enfer ; plutôt livrer mon cou au couteau de Guillotin qu'au carcan de la chiourme ! »
    « Que me disait-il donc, l'avocat ? »
  7. Que dénonce Victor Hugo dans cet extrait ?
    a. la peine de mort.
    b. la condition des prisonniers.
    c. l'hôpital de la prison.

Production écrite.
« Les prisons aujourd’hui cherchent plus à corriger le prisonnier et à  préparer sa réinsertion dans la société notamment par des formations. Mais, certains voient que les prisonniers sont mieux traités que beaucoup de citoyens libres .Pour eux, la prison doit faire peur et retirer aux gens l'envie d'y goûter.
Exposez votre point de vue dans un texte argumentatif de 180 mots environ. »

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