Texte

Malheureusement je n'étais pas malade. Le lendemain il fallut sortir  de l'infirmerie. Le cachot me reprit.
Pas malade ! En effet, je suis jeune, sain et fort. Le sang coule librement dans mes veines; tous mes membres obéissent à tous mes caprices; je suis robuste de corps et d'esprit, constitué pour une longue vie ; oui, tout cela est vrai ; et cependant j'ai une maladie, une maladie mortelle, une maladie faite de la main des hommes.
Depuis que je suis sorti de l'infirmerie, il m'est venu une idée poignante, une idée à me rendre fou, c'est que j'aurais peut-être pu m'évader si l'on m'y avait laissé. Ces médecins, ces sœurs de charité, semblaient prendre intérêt à moi. Mourir si jeune et d'une telle mort ! On eût dit qu'ils me plaignaient, tant ils étaient empressés autour de mon chevet. Bah ! curiosité ! Et puis, ces gens qui guérissent vous guérissent bien d'une fièvre, mais non d'une sentence de mort. Et pourtant cela leur serait si facile ! une porte ouverte ! Qu'est-ce que cela leur ferait ?
Plus de chance maintenant! Mon pourvoi sera rejeté, parce que tout est en règle ; les témoins ont bien témoigné, les plaideurs ont bien plaidé, les juges ont bien jugé. Je n'y compte pas, à moins que... Non, folie ! Plus d'espérance ! Le pourvoi, c'est une corde qui vous tient suspendu au-dessus de l'abîme, et qu'on entend craquer à chaque instant, jusqu'à ce qu'elle se casse. C'est comme si le couteau de la guillotine mettait six semaines à tomber.
Si j'avais ma grâce ? Avoir ma grâce ! Et par qui ? Et pourquoi ? Et comment ? Il est impossible qu'on me fasse grâce. L'exemple ! comme ils disent.
Je n'ai plus que trois pas à faire: Bicêtre, la Conciergerie, la Grève.

Victor HUGO, Le Dernier Jour d’un condamné, chapitre XV (1829)

Compréhension

  1. Présenter l’auteur, l’œuvre et le genre littéraire.
  2. Situez l’extrait en répondant aux questions suivantes : Quel événement vient de vivre le condamné ?Pourquoi était-il à l'infirmerie ?
  3. « j'ai une maladie, une maladie mortelle, une maladie faite de la main des hommes. »
    a. identifier la figure de style et justifiez son utilisation
  4. Pour le condamné, il aurait été facile pour les médecins et les sœurs de charité...
    a. de le guérir.
    b .de faciliter son évasion.
    c. de le garder à l’infirmerie.
  5. Le narrateur évoque la justice dans cet extrait.
    a. Relevez les termes de ce champ.
    b.A quoi le narrateur compare-t-il l’espoir en son pourvoi ?
  6. Quel est l’argument des défenseurs de la peine de mort que le narrateur cite dans cet extrait ? Qu’est-ce qu’il veut montrer par là ?
  7. Quel registre est adopté dans cet extrait ? Justifier votre réponse.
  8. Quelle est la visée du choix de ce registre ?

Production écrite.
« La grâce est une mesure de clémence qui supprime ou réduit la peine qu'un condamné aurait dû subir. Certains, surtout les victimes et leurs familles pensent que c’est inadmissible d’accorder le pardon à un criminel. Est-il selon vous nécessaire de maintenir la grâce ? »
Exposer votre point de vue sur la question dans un texte argumentatif.

 

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